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Alexe interviewé par les élèves d'Anzin

Alexe interviewé par les élèves d'Anzin
1) Comment êtes-vous devenue dessinatrice? Pouvez-vous vivre de votre métier aujourd'hui ?
J'ai toujours dessiné depuis que je suis enfant, la différence c'est qu'à l'adolescence, j'ai continué encore plus, au lieu d'arrêter. L'expression par le dessin ou la peinture est vital dans mon existence, que je sois pro ou non, éditée ou non.
J'ai été chef de projet en graphisme puis en jeu vidéo, et après que la société dans laquelle je travaillais à Paris ait coulé, j'ai décidé de tenter ma chance en BD. D'abord comme coloriste puis comme dessinatrice. C'est une histoire de rencontre, d'occasion et de détermination. Ça prend du temps, beaucoup de temps et de sacrifices. Désormais j'en vis, difficilement, mais j'en vis. Le métier d'auteur est de plus en plus dur et une majorité d'entre nous sont dans une grande précarité... Donc ça n'est pas évident. Il ne faut surtout pas croire que nous vivons richement, c'est totalement l'inverse. C'est un métier difficile qui demande vraiment beaucoup de sacrifices et d'abnégation.


2) Qu'est-ce qui vous attire dans les BD médiévales comme Lancelot ? Aimeriez-vous dessiner d'autres univers?
Venant de Nantes (passé médiéval/celte), et aimant depuis l'enfance le médiéval, c'était plus facile pour moi de débuter par ce type de récit. Après, oui j'aimerai dessiner d'autres univers, j'aime les époques Victoriennes, la SF etc... En fait j'aimerai m'essayer à peu près à tout, je suis très curieuse. Et parfois, même ce qu'on croit ne pas trop apprécier, peut être une révélation, il faut s'y essayer et ne pas s'enfermer, si possible.

3) Quel personnage avez-vous préféré dessiner?
Je les aime tous, très honnêtement. Après, je pense que Viviane a une place particulière, car c'est le premier de tous les personnages que j'ai mis au point. Ma vision de la « femme forte ». Mais vous voyez, chacun a son histoire pour moi : Lancelot enfant, c'est ma nièce et mon neveu, l'instructeur de Lancelot, c'est mon père... Chaque perso a sa « vie » propre à mes yeux en dehors de l'histoire que le lecteur va lire.

4) Avez-vous eu du mal à percer en tant que femme ? Que pensez-vous de la polémique cette année au festival d' Angoulême?
Il y a un machisme avéré dans le milieu de la Bd, mais comme dans tous les corps de métier. A partir du moment où vous sortez de la catégorie « dessin pour enfant » ou « blog BD », on ne sait pas où vous placer. Au 1er tome de Lancelot, un « critique » avait même écrit : « A quoi ça sert de prendre une dessinatrice si elle dessine comme un mec ? ». C'est totalement absurde, il n'y a pas de dessin féminin ou masculin. Il y a des auteurs(res) avec une personnalité et une sensibilité propre. Donc oui, ça n'est pas évident, néanmoins ça ne doit pas empêcher de continuer et de suivre sa passion et ses envies.
La polémique cette année autour du festival d'Angoulême était totalement justifiée. La manière dont est régi ce festival me paraît obsolète, poussiéreuse et dépassée. Il y a tellement de condescendance et de mépris dans le discours de certains de ses représentants, que cela prouve à quel point il y a encore beaucoup de chemin à faire. Les stéréotypes ont la vie dure. Quand on voit, comment Claire Wendling s'est fait descendre en flèche par les médias spécialisés et autres, car une majorité d'auteurs avaient voté pour elle, en la mettant dans le trio final, je trouve ça désolant, indécent et profondément irrespectueux. C'est renier non seulement le talent de la personne mais tout son apport au 9ème art. Il est grand temps que tout cela change et que les dinosaures du métier ouvrent leurs petits yeux...


5) Nous avons trouvé que vous évitiez le cliché de la femme ultra sexy dans vos dessins, pensez-vous dessiner ces personnages autrement ?
Etant une femme, j'évite de dessiner ce que j'appelle « des pots de fleurs ». J'essaie, comme je le peux, de donner une vraie consistance aux personnages féminins. Alors oui, elles sont en général ce qu'on pourrait appeler « belles », mais, je l'espère, sans tomber dans certains travers trop stéréotypés. J'aime les corps « accessibles », avec des formes naturelles et surtout, le plus important, qu'elles dégagent une vraie personnalité. La femme n'est pas un fantasme pour moi, mais plutôt une projection, forcément idéalisée, mais que j'essaie de rendre tangible pour le lecteur et à mes yeux également.

6) Etes-vous heureuse de participer cette année au festival d'Anzin-st-Aubin ?
J'en suis très heureuse. Je devais venir déjà à plusieurs reprises par le passé, mais suite à des imprévus, cela n'avait pas pu se faire, alors je me rattrape cette année.